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LES COMBATS DE L'OSPEDALE
 
 

Le village de 'Ospedale est situé sur une route qui mène de Porto-Vecchio à l'Alta Rocca. Aussi, à l'annonce de la capitulation italienne, les Résistants emmenés par Joseph Pietri (1) vont tenter d'empêcher les Allemands d'emprunter cette route pour amener des renforts à ceux de l'Alta Rocca. Après de durs combats, les Allemands renonceront. Mais avant même la capitulation italienne, deux accrochages, les  21 août et le 1er septembre, avaient donné le ton mais cette fois l'affrontement avait tourné à l'avantage des Allemands.
Le 21 août, un avion venu d'Alger effectue un parachutage en plein village où stationnent quelque deux cents Allemands. Les Résistants affronteront les Allemands pour récupérer armes et munitions parachutées ; peu de choses en vérité. Et le village a failli faire l'objet de représailles.
Le 1er septembre, trois résistants croisent malencontreusement des troupes allemandes. Une fusillade s'ensuit faisant deux morts et deux blessés allemands. Ces derniers, aidés par 800 Italiens, investissent les lieux. Débusqués, les maquisards sont contraints de fuir leur refuge. En représailles, les Allemands fouillent les maisons et se livrent à des simulacres d'exécution sur une soixantaine d'hommes.

Après la capitulation italienne

"Dès le 10 septembre, les patriotes de Porto-Vecchio, sous la conduite de l'héroïque instituteur Joseph Pietri, (lieutenant de réserve)  et de Bastien Terrazzoni, exécutent l'ordre d’attaque en bloquant la route forestière de l'Ospedale à 8 kilomètres de Porto-Vecchio par un barrage de 800 mètres de profondeur avec des blocs de rochers, des pins abattus «si bien qu’au soir du 10, celle-ci se confond avec le   maquis». Une centaine de patriotes armés sont à leur poste, ravitaillés par deux gamins intrépides: Horace Giovangigli, onze ans, et Antoine Terrazzoni, douze ans.
 Le 11, les guetteurs signalent l’arrivée d’un camion  et d’un side-car. 
Mais voyons plutôt le rapport de Joseph Pietri :
"Le camion approche et nous constatons que des civils (parmi lesquels des femmes) y ont pris place. Le camion est conduit par un chauffeur corse. Nous lui donnons en dialecte l’ordre de stopper et enjoignons aux civils de se cacher derrière un pont situé à 100 mètres d'eux ; ce qu'ils font.
Nous ouvrons avec précaution le feu sur les Allemands qui ripostent avec des fusils-mitrailleurs et des mousquetons. Le manque de munitions nous oblige à beaucoup de prudence. Les fusils-mitrailleurs doivent tirer coup par coup. "Les Allemands s’abritent derrière le camion et même sous le side-car, le feu dure une partie de l'après-midi. Personne n’est touché chez les nôtres. Du côté allemand, quatre morts et plusieurs blessés. 
"Le 12, vers 16 heures, nos F.M. ouvrent le feu (avec parcimonie, hélas!). Du côté allemand, le feu est plus nourri. Il est vrai que nos positions sont bien meilleures. 
"A 19 heures, la fusillade n’a pas cessé. Des renforts sérieux arrivent chez l'ennemi... voitures blindées avec canons. Nous supposons qu’ils veulent forcer le barrage. Nous postons des hommes armés de mitraillettes tout le long du barrage avec ordre de tirer sur tout ce qui pourrait bouger dans le maquis. 


 

 

Les Allemands tirent au canon. Nous faisons avec des moyens limités le plus de travail possible. Accompagné d'un patriote, je fais une reconnaissance qui dure jusqu'au jour. Les Allemands ont tourné bride et sont partis, emportant leurs morts et leurs blessés. De notre côté pas de pertes.
"Le 13 septembre: calme. 
Nos hommes se reposent mais la question du ravitaillement devient angoissante et celle des munitions encore plus (il nous reste environ 60 à 70 cartouches par F.M.). 

"Le 14 septembre: M. de Rocca-Serra, maire de Porto-Vecchio, accompagné de l’adjudant de gendarmerie Rochicioli arrive au barrage dans une voiture munie d'un drapeau blanc.
"Il nous fait part de l’ultimatum du colonel allemand: «menace de raser l'Ospedale si un parlementaire des rebelles ne se présente au P.C. allemand avant 18 heures.» M. de Rocca-Serra est porteur d'un sauf-conduit où il est dit que, sur l’honneur d'un officier allemand, le sauf-conduit sera valable même si les pourparlers n’aboutissent à rien. Après un court conseil, je me rends au P.C. du colonel allemand. Le maire de Porto-Vecchio assiste à la conversation. Le colonel demande en premier lieu pour quelle raison les patriotes corses tirent sur ses soldats. Ce à quoi je réponds: "Nous n'obéissons pas au gouvernement de Vichy".
Le colonel ajoute que l'Allemagne n'a aucune visée sur la Corse, ce qui  lui vaut cette réponse: "Si vous n'annexez pas la Corse, vous annexerez d'autres provinces françaises." Le colonel réitère alors la menace de raser l'Ospedale si la guérilla continue. Je réponds que je ne peux pas prendre la responsabilité de faire cesser le feu et que je dois informer mes chefs.
Le secteur est informé des dispositions prises et je pars pour Ajaccio.
J’en reviens avec la réponse suivante: Au commandement allemand de Porto-Vecchio:
« En réponse à vos propositions d’armistice locale à l'Ospedale, voici nos décisions irrévocables: nous exterminerons l'envahisseur allemand partout où nous le rencontrerons jusqu’à ce qu’il débarrasse le sol de la Corse de sa présence. Si vous raser l'Ospedale, nous exécuterons tous les prisonniers allemands, sans préjudice d'autres représailles impitoyables que vous connaîtrez toujours assez tôt. Vous avez le choix entre la capitulation sans condition et la mort."
Le Comité Départemental du Front National

Le 17 septembre: nos vigies au barrage signalent vers 17 heures l'arrivée de trois camions allemands bondés d’hommes. Chacun est à son poste. Avant d'arriver à la portée de nos armes, derrière un repli de terrain les camions s'arrêtent. Ils stationnent là jusqu'à la nuit et rentrent finalement à Porto-Vecchio sans avoir rien tenté.

Le chantage hitlérien a échoué. Ils n’ont pas rasé l'Ospedale et ils ne sont pas passés!

D'après, "Tous bandits d'honneur". Maurice Choury.

(1) Il trouvera la mort en mai 1944 au cours de la campagne d'Italie.

  fleche_av_blancALTA ROCCA