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DE BACINO A LEVIE, LA COLONNE ALLEMANDE...
 
 

Les patriotes n'ont pu empêcher la colonne ennemie Allemande, renforcée de Chemises noires (restées fidèles à Mussolini), de franchir le tunnel d'Usciolu. Cet obstacle franchi, la colonne se dirige vers Levie.
A 9 heures [le 15 septembre], la colonne motorisée atteint le col de Baccino (808 mètres). Les patriotes ont eu le temps de rétablir les barrages piégés de grenades amorcées, Les premiers Allemands qui essaient de dégager la route tombent. Les barrages sont démolis au canon, mais toujours sous le feu des patriotes. Un camion de munitions saute, deux autres sont incendiés.
Les patriotes du sergent-chef Matthieu Salvini qui a remplacé le lieutenant Cucchi appelé au Comité d'arrondissement pour la défense de Sartène, se déplacent sur le talus, harcelant sans faiblir l'ennemi qui avance péniblement en chargeant ses morts sur les camions. Un seul bloc de granit, basculé sur le chemin, les arrête pendant deux heures.
Aux fusils-mitrailleurs, le cantonnier Angelin Tomasini, l'instituteur Vincent Lovichi, Paul-François Cucchi, les deux Joseph Cucchi, les tireurs d'élite François Bietoli et Jacquot Cucchi, font des ravages dans les rangs de l'ennemi. Sous le feu des mortiers allemands, deux jeunes filles, Laure et Claire Cucchi (de Radici), ravitaillent les patriotes. Chacun des vingt et un barrages est âprement défendu. Pour franchir deux kilomètres, la colonne met huit heures!
A la nuit, le convoi constamment mitraillé sur les flancs atteint Orone non sans avoir essuyé le feu de l'artillerie italienne. A la faveur de l'obscurité, il pousse jusqu'à Carbini, où il reçoit des renforts. Un vieil homme de soixante-sept ans, Dominique-Antoine Cucchi, est tué par un éclat d'obus à la tête au lieudit Zuccale. L'infanterie allemande et les chemises noires armées de nombreux mortiers dépassent le village.

Le 16 à l'aube, l'ennemi est au pont de Pargola, sur le Fiumicciolo à deux pas de Levie... Un avion de reconnaissance éclaire sa marche. Les Italiens sont pris de peur. Les patriotes et un officier ramènent le calme par la persuasion... et la menace. La batterie italienne du capitaine Farinata ouvre le feu et immobilise un char [ennemi]. Mais la riposte est très violente; huit servants sont blessés et la batterie se retire sur Quenza...
A 8 heures, deux nouveaux barrages sont franchis et les Allemands sont aux portes du village [de Levie]. Les patriotes font alors sauter le pont du Rajo [à quelque 800 mètres du village]. Les engins stoppent au bord d'une brèche large de 12 mètres et profonde de 20. L'ennemi enlève les châtaigniers couchés sur le chemin et essaie de rétablir le passage. Les patriotes attendent de Pianottoli le renfort d'un bataillon italien. Le voici : il arrive par un chemin muletier.

Mais aux premiers coups de mortiers, le bataillon tout entier, lieutenant-colonel en tête, se débande, abandonnant tout son matériel, mitrailleuses, mortiers et canons antichars.

 

Aux abords du pont détruit, les patriotes (1) s'accrochent désespérément. Encouragée, la section des grenadiers italiens du lieutenant Buscaglia se bat bravement et perd dix hommes autour de ses deux F.M. Le feu des patriotes est meurtrier. Avec deux F.M. pris à l'ennemi, Antoine Mondoloni réduit par deux fois deux mortiers au silence.
Les Allemands décident d'en finir. Leurs soldats ont l'ordre de pénétrer dans le maquis. Devant la densité de feu de nos F.M., les premiers refusent. Un officier les abat. Les autres obéissent. L'infanterie réussit, au prix de pertes sensibles, à occuper vers 14 heures le piton qui domine le cimetière de Levie. Des patrouilles se répandent dans le village. Le doyen des patriotes, Simon François de Peretti tombe, son fusil de chasse en main. Il avait soixante-quinze ans.
Près du pont, la fusillade fait rage jusqu'à 16h30. Partout le maquis est en flammes. Les munitions se font rares. Les patriotes se retirent sur les hauteurs de Piano dominant le village à l'ouest.
Dans la nuit, les Allemands évacuent les pentes où la mort rode derrière chaque buisson et se rassemblent sur la route.

Le lendemain, 17 septembre, la colonne décimée, n'a pas réussi à rétablir le pont du Rajo. Elle prend le chemin du retour. L'offensive de Levie a été un cuisant échec. Dans leur haine, les S.S. Fusillent le patriote Louis Pini de Levie, et Jérôme Comparetti (2), faits prisonniers la veille au soir. Quatre bombardiers s'acharnent sur le village désert, causant la mort de Liline Rocca Serra et occasionnant d'importants dégâts matériels. L'ennemi ensevelit sommairement quelques cadavres; il emporte les plus récents. Il incinère les autres – une trentaine – après les avoir arrosés d'essence et s'en va, battu.
Au-dessus du pont du Rajo croassent les corbeaux.
Harcelée par les patriotes de Carbini, la colonne, après avoir fait sauter derrière elle les ponts du Fiumiciolo et de Canalono et pillé Carbini et Orone, repasse à 11h15 le tunnel et le fait sauter aussi, non sans perdre encore une quinzaine d’hommes dont un officier, deux camions carbonisés, une moto et des munitions. Si l'on en juge par les enveloppes de paquets de pansements jonchant la route, le nombre des blessés doit être impressionnant. L’ennemi se replie sur Porto-Vecchio laissant quelques éléments d’arrière-garde à Sotta.
Trois mille hitlériens et fascistes ont participé à cette action. Les pertes des patriotes se chiffrent au total à 7 morts.
Mais, selon une évaluation qui n’a rien d'exagéré, 1’ennemi a eu, du fait des patriotes seuls, outre trente-huit véhicules détruits, trois cents blessés et deux cent cinquante morts.
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  fleche_av_blancALTA ROCCA  

Cette défaite allemande eût pu tourner au désastre, si une compagnie du "Bataillon de choc" avait été envoyée sans retard pour faire sauter le tunnel d'Usciolo le 17, couper la retraite aux blindés ennemis et, en coopération avec les patriotes, anéantir toute la colonne allemande. Des montagnes, les patriotes descendent à la poursuite de l’envahisseur. L'ennemi ne s’intéresse plus qu’à la route de la côte orientale où il se presse vers les quais d'embarquement de Bastia et du Cap.

Maurice Choury. "Tous bandits d'honneur". Ed. Piazzola. 2011. Pp.154,155.

(1) Deux autres patriotes de Bonifacio étaient déjà tombés le 12 septembre dans la lutte pour la libération : Paul-Noël Beretti, responsable du Front National et Paul Nicolaï.
(2) Groupes Paul Nicolaï, Antoine Marengui, Andreani et fils, et du brigadier-chef Parsiani

 

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